« Ivresse » par Guillaume Canet pour l’Association Ferdinand

C’est l’événement du jour, tous les médias en parlent : la sortie du court métrage de Guillaume Canet en faveur de la sécurité routière. Je vous propose de nous arrêter un peu sur cette vidéo.

ivresse guillaume canet securite routiereOn y voit le début d’une belle histoire d’amour. Un couple de trentenaires, heureux ensemble qui transpirent l’amour et la joie de vivre. On les voit évoluer, fonder une famille, on les imagine aisément promis à un avenir heureux. Jusqu’à ce qu’ils décident de conduire ivres. On devine alors l’accident, la perte, le déchirement et un destin prometteur qui est brisé.

Donc oui, c’est très clair, Guillaume Canet joue avec nos sentiments. Cependant la particularité de ce spot, c’est qu’on ne voit rien. Les seules images sont heureuses. Notre imagination fait le reste. Seuls les bruits nous donnent des indications sur la situation. Ce qui présente deux avantages :

Le premier est qu’on ne voit pas d’images choc. Or c’est quelque chose qui change réellement de ce qu’il se fait habituellement dans le domaine de la prévention routière. Choquer est très efficace pour faire mémoriser et réagir et peut être tout à fait adapté aux secteurs de la prévention. C’est ce qu’on a vu dernièrement avec la campagne pour Amnesty Internatinal à Zurich. Mais deux réactions peuvent découler de la prolifération de ce type de communication. Soit on peut être réellement bouleversé, au point de finir par rejeter ce type de spots. Je serais personnellement plus dans cette catégorie. J’ai déjà été vraiment retournée par des vidéos de prévention routière, tout particulièrement par une campagne australienne que je suis aujourd’hui incapable de regarder à nouveau. Soit, à l’inverse, on peut, à force d’être confronté à des images choc, ne plus y être sensible. Aujourd’hui, que ce soit dans les médias ou ailleurs, le choc est omniprésent. On recherche à chaque fois l’image qui fera davantage réagir, au point qu’on s’y habitue et que ça perde complètement son sens. Choquer par l’image doit, je pense, arriver en tout dernier recours. Bref, tout ça pour dire, que le fait qu’il n’y ait pas d’images choc dans ce spot est réellement très fort et est d’autant plus différenciant.

Le deuxième avantage à ne pas voir la scène de l’accident, c’est le travail de l’imagination. Il me semble qu’imaginer, une scène est  plus fort que la voir. C’est notre cerveau qui fait le travail ce qui peut être beaucoup plus marquant.

Bon, et parlons un peu de bons sentiments maintenant. Ce spot s’adresse clairement aux jeunes, je dirais 18-30 ans. D’autant plus quand on sait que les accidents de la route sont la première cause de mortalité des 18-24 ans … Or, comme déjà (trop) dit, le choc s’est démocratisé, et n’est plus efficace qu’en dernier recours.  Mais par contre, il me semble que la jeune génération d’aujourd’hui est de plus en plus utopique. Sans doute un ras de bol de la société d’aujourd’hui, une envie de voir autre chose et de revenir à des valeurs plus humaines. Dont l’amour, évidemment. De plus 18-24 ans, c’est souvent l’âge des premières belles histoires d’amour. Alors oui, mettre en scène le début d’une histoire peut être un bon moyen de faire réagir. On peut s’y identifier, ressentir l’espoir et l’innocence des débuts et par conséquent le gâchis de la fin trop rapide. Et c’est ce sentiment de gâchis qui, je pense, peut faire réagir. Il réveille en nous l’envie de vivre et de profiter.

Par contre, je pense qu’on était réellement à deux doigts du trop sentimentaliste. Une fois encore, heureusement qu’il n’y avait pas les images, ça aurait été tiré par les cheveux. On fait souvent mieux à en faire moins.

Enfin, les conditions de la diffusion sont idéales. La notoriété de Guillaume Canet va beaucoup jouer en faveur du court-métrage, tandis que le témoignage de son commanditaire, qui a fondé l’association Ferdinand du nom son fils, tué sur la route, est très touchant.

Le spot se termine sur la phrase manuscrite « Amuse-toi mais reste en vie. ». Très paternelle et très touchante, en écho à l’histoire personnelle du fondateur de l’association et qui réunit tout ce qui est susceptible de toucher la cible jeune : le fait de profiter, de s’amuser et celui de vivre tout simplement et autant que possible.

Que pensez-vous de cette vidéo vous ?

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Amnesty International – Not here but now

Amnesty International, avec Walker Agency, a lancé une campagne d’affichage impressionnante dans les rues de Zurich.

Avec un système de trompe l’œil, elle introduit, dans les rues de la ville suisse, des scènes dans lesquelles les droits de l’Homme sont violemment bafoués. La violence de telles situations et de tels actes, dans un environnement qui est familier aux habitants, permet de créer le choc nécessaire à une réaction. Le résultat en est vraiment poignant.

Alors oui, choquer pour communiquer, ça a souvent perdu de son efficacité et de sa pertinence. Mais dans ce contexte-ci, la forme, comme le fond, interpellent et révoltent. Je pense que c’est nécessaire pour obtenir un minimum de réaction.

Le message s’adresse tout particulièrement aux zurichois, le rendant plus accessible et donc plus touchant. It’s not happening here, but it’s happening now. Ça n’arrive pas ici, mais ça arrive maintenant. L’accroche est on ne peut plus claire. C’est une réponse à une problématique que rencontrent les ONG : les gens n’arrivent pas à se sentir concernés par ce qui n’est pas proche d’eux. Les enfants soldats ? La torture ? La famine ? La guerre ? Oui, c’est triste. Mais qu’est-ce que je peux y faire ? Ah et au fait, ma réunion au travail ce matin c’était une vraie catastrophe !

Une telle campagne de sensibilisation ne peut donc faire que du bien pour secouer nos valeurs humaines et réveiller les citoyens du monde que nous sommes. J’espère qu’elle aura lieu dans d’autres villes.

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